Je me souviens comme c’est dur de vivre un accident de voiture.

C’était l’été. Nous étions le neuf juillet, précisément. Il faisait mauvais temps. Le ciel était gris. Il pleuviotait légèrement. Il faisait même assez froid pour la saison. Le soleil et la bonne humeur n’étaient pas du tout au rendez-vous. Et pour cause, nous nous rendions à un enterrement. Sale journée ! Elle été décédée quelques jours plus tôt. Elle, la petite fille angélique. Un accident de la route, également. Triste sort. Injustice. J’étais là pour lui, pour elle, parce que je me devais d’être présente. C’était mon rôle, mon devoir. Il était midi passé. Avant d’affronter ce terrible moment, nous décidions de nous poser tranquillement au centre-ville, afin de manger un petit bout ; bien que l’appétit n’était guère de la partie non plus. Nous partîmes. J’avais mes affaires avec moi, car nous n’étions pas censés revenir chez lui. J’étais juste là pour le week-end. Tout était prévu pour que nous dormions chez l’un de ses amis après la cérémonie. Je venais tout juste de me préparer, de me lisser les cheveux, de me faire belle. Mon fer était encore brûlant. Je ne voulais pas le mettre directement dans mon sac, je ne voulais pas abîmer mes habits, je le tenais donc à la main. Nous montâmes en voiture. Je posai, machinalement, le lisseur sur le tableau de bord, sans même penser qu’il n’était pas du tout stable et adapté pour y déposer des choses. Par habitude sûrement. J’avais tellement l’habitude de monter avec mon père. Dans sa voiture, nous posions toujours tout et n’importe quoi, dans ce petit creux. Mauvaise manie. J’étais complètement ailleurs, dans les nuages, déjà très loin. Je redoutais tellement ce qu’il allait se passer l’après-midi même. Il démarra. Je n’étais pas encore attachée. Je cherchais un gilet dans mon sac, car j’avais froid. Je le mis. Soudainement, j’exclamai que je ne retrouvais plus mon téléphone. Nous étions déjà sorti de son petit village perdu. Je mis ma ceinture de sécurité. Et puis, je n’ai pas retrouvé de suite mon téléphone. Je n’ai pas eu le temps. Nous étions sur une grande route direction la ville. Il prit un virage, puis le lisseur glissa vers lui. Il a voulu le rattraper pour me le redonner afin que je le range. Mais machinalement, il le choppa à pleine main, par les plaques qui étaient encore trop chaudes. Il se brûla. Par panique, il lâcha le volant, et accessoirement le lisseur. Tout vola. Il perdit très vite le contrôle de la voiture. Elle ne s’arrêtait plus. C’était long. Nous avions l’impression que ça n’allait jamais cesser, que ça allait continuer des heures et des heures. Nous percutâmes des petits poteaux sur le bas côté de la chaussée. Ils défoncèrent toute la portière du côté passager. Les vitres se brisaient. C’était tellement violent. Puis je ne sais pas, nous avions dérapé sur plusieurs mètres ainsi. Sans s’arrêter. Toujours, et encore. La route glissait. Les gravillons nous empêchaient de stopper la voiture, avant de faire des tonneaux et de se retrouver dans le faussé d’en face. Il m’avait tiré violemment vers lui, pour me sauver. Par amour peut-être. Par instinct, par protection. Qui sait. Je ne sais pas comment il avait fait, pour réagir de la sorte, aussi rapidement. Je n’avais pas compris sur le moment même. Je n’ai jamais compris d’ailleurs. Cet accident n’avait duré que quelques secondes. Pourtant nous avions l’impression du contraire, que les secondes s’étaient transformées en minutes. C’était interminable. Insoutenable. Nos mains étaient recouvertes de sang. J’étais pleine de plaies et d’hématomes. Nous étions sous le choc. J’entends encore sa voix, remplie de panique, de me dire de vite sortir de la voiture. En sortant, je me rendis compte que mon téléphone était sous mes fesses. J’étais assise dessus. C’est idiot. Il me porta sur la route. Il pleuvait. Nous étions de l’autre côté, à l’opposé de l’épave de notre véhicule. Nos pleurs, nos promesses, nos mots doux pour se rassurer, nos baisers. Nous étions vivants, là malgré tout. C’était un rêve, un cauchemar plutôt. Ce n’était pas possible que ça nous arrive, pas à nous, pas ce jour-là, pas comme ça. J’étais allongée dans l’herbe, attendant les secours. J’avais des appels manqués, de ma mère. Elle m’appelait au moment même où nos vies étaient en train de déraper. Mais je ne l’avais pas senti vibrer, dans la secousse. Elle l’avait senti, que quelque chose allait nous arriver. J’ai lutté pour envoyer un message à ma meilleure amie. Je voulais la prévenir. Je tremblais comme une feuille. J’ai écris trois mots. Ses parents, à lui, arrivèrent, complètement affolés. Sa petite sœur était présente aussi. Les pompiers suivirent. Ils m’emmenèrent. Je suis restée longtemps enfermée dans ce camion, attachée, branchée, paumée, sans réaction, abattue,.. Puis lui, il vint avec moi. Il n’avait rien. Dieu merci. J’avais tout pris, mais tant pis. Après un passage aux urgences, il était temps d’aller dire au revoir à notre petite étoile. Journée folle, pleine d’émotion, de frayeur. Un traumatisme, une journée en enfer.

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