Paris pleure.

C’était un vendredi soir, un de ces soirs où tu traînais dans les bars avec tes amis, un de ces soirs où tu adorais boire et faire la fête jusqu’à très tard, un de ces soirs où tu allais dîner au restaurant avec l’homme de ta vie. Tu allais si bien, la nuit t’allait merveilleusement bien. T’étais belle sous la lumière des réverbères. T’étais vivante et pleine de rêves. T’avais la vie devant toi. T’étais l’espoir, celui qui nous maintenait tous debout. T’étais la jeunesse, celle qui levait son verre en l’air et qui chantait à tue-tête. T’avais tout pour toi, tout, absolument tout, il n’y avait rien qui clochait chez toi. Et puis, et puis plus rien…

Au coin d’une rue, on t’a tiré dessus, on t’a fusillé, on t’a blessé, on t’a piétiné, on t’a même tué. On t’a prise en otage, on t’a dit que t’allais crever, que c’est toi qui allait payer pour tous les français. Mais tu n’y pouvais rien, toi, si le monde ne tournait plus rond. Tu n’y pouvais rien, toi, s’ils avaient des bombes sur eux. Ils étaient prêts à tout faire sauter, à tout faire exploser, tout anéantir, à tous nous éliminer. On t’a demandé de te taire, de fermer ta putain de gueule et de rester à terre. T’avais pas le droit de te relever, ni de pleurer, encore moins de supplier de te laisser en paix, sinon c’est une balle dans le crâne que tu te prenais. Tu ne pouvais rien faire, juste attendre que ça passe, attendre pendant des heures qu’on vienne enfin te libérer. Mais personne ne pouvait te sauver, personne ne pouvait t’aider. Ton destin était entre leurs sales mains, ces terroristes, ces maudits assassins. Ils sont trop forts, ils ont réussi à faire ce qu’ils voulaient. Ils t’ont mise à genoux et n’ont pas hésité à te tuer. Ton sang coule le long du caniveau, le long des ruelles assombries, sur les trottoirs encore trop bondés. Les larmes accompagnent les cris de douleurs, les gémissements de torture, les « au secours » étouffés dans la nuit. Ils n’avaient pas le droit de t’arracher à nous, pas ce soir et pas comme ça. T’étais trop belle pour qu’on te fasse du mal, t’étais trop bien pour eux pour qu’on te fasse la guerre. T’étais beaucoup trop jolie, t’étais l’amour et la poésie.

T’es en train de mourir sous nos yeux apeurés. T’es en train de partir, de tirer ta révérence, d’abandonner la vie, de t’évanouir sous le bruit assourdissant des sirènes de l’ambulance. Tu t’éteins doucement. Tu deviens noire, transparente dans la froideur de cette triste soirée de novembre. Ne meurs pas, pas ce soir, je t’en supplie. Relève-toi, respire encore, je suis là. Je t’aime encore, moi, même si tu tu saignes, même si tu crèves. Je t’aimais déjà, même quand tu étais grise et que tu avais mauvaise mine. Alors t’imagines à quel point j’suis amoureuse de toi, même aujourd’hui, mais j’le suis encore plus quand tu brilles.

Tu entends, c’est tous les citoyens qui chantent ensemble la Marseillaise pour toi. Tous unis, main dans la main, on crie tous « bleu blanc rouge », tous parisiens. Oui, tu vois, on est fiers, on est là. La France est endeuillée, mais elle n’est pas encore couchée. Ça va aller, on va s’en sortir. Non, ce n’est pas la fin. Alors on hurle, on hurle, plus fort que toutes les armes du monde, combien on t’aime Paris !

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